Ressentir une constipation et envie d’uriner simultanément peut sembler étrange. Pourtant, ces deux symptômes sont plus liés qu’on ne le pense. Le système digestif et le système urinaire partagent un espace restreint dans le bassin, et un dysfonctionnement de l’un affecte souvent l’autre. Comprendre cette relation permet d’adopter les bonnes solutions et de retrouver un confort quotidien.
Le lien entre constipation et envie d’uriner souvent
La constipation et envie d’uriner souvent ne relèvent pas du hasard. Plusieurs mécanismes expliquent cette association fréquente :
La pression mécanique constitue la cause principale. Le côlon, lorsqu’il est rempli de matières fécales dures et stagnantes, occupe davantage d’espace dans l’abdomen. Cette distension exerce une pression directe sur la vessie, située juste devant le rectum.
Cette compression réduit la capacité de la vessie à se remplir normalement. Résultat : même avec peu d’urine, la vessie envoie déjà des signaux indiquant qu’elle est pleine. D’où cette envie d’uriner et constipation qui surviennent de pair.
L’irritation nerveuse joue également un rôle. Le rectum distendu stimule les nerfs pelviens qui transmettent aussi les sensations vésicales. Le cerveau interprète ces signaux comme une urgence urinaire, même si la vessie n’est pas réellement pleine.
Les spasmes musculaires du plancher pelvien, fréquents en cas de constipation chronique, perturbent le bon fonctionnement de la vessie et créent des envies impérieuses d’uriner.
Constipation et envie d’uriner fréquente : qui est concerné ?
Cette association touche différentes populations :
Les femmes sont particulièrement concernées en raison de leur anatomie. L’utérus se trouve entre la vessie et le rectum, amplifiant les effets de la compression. Les grossesses répétées et l’accouchement fragilisent le plancher pelvien, favorisant ces troubles.

Les personnes âgées cumulent souvent constipation liée à la diminution du transit et troubles urinaires dus au vieillissement des tissus. Ce phénomène s’inscrit parmi les autres signes de vieillissement à surveiller.
Les enfants peuvent présenter une rétention volontaire des selles qui comprime la vessie et entraîne des accidents urinaires diurnes ou nocturnes.
Les personnes alitées ou peu mobiles développent fréquemment ces deux problèmes simultanément en raison de l’inactivité physique.
Comment la constipation provoque l’envie fréquente d’uriner
Le mécanisme est assez simple à comprendre. Imaginez votre bassin comme un espace limité contenant plusieurs organes : vessie, rectum, utérus chez la femme, prostate chez l’homme.
Lorsque le rectum se remplit excessivement de selles dures, il se distend et « déborde » sur l’espace normalement dévolu à la vessie. Cette dernière ne peut plus se remplir à sa capacité maximale habituelle (environ 400 à 500 ml chez l’adulte).
Même avec seulement 150 ou 200 ml d’urine, la vessie comprimée envoie déjà le signal « je suis pleine, il faut uriner ». D’où cette envie fréquente d’uriner et constipation qui caractérise ce trouble.
Par ailleurs, la présence de selles impactées peut irriter les terminaisons nerveuses du plancher pelvien. Ces nerfs, partagés entre le système digestif et urinaire, créent une confusion des signaux envoyés au cerveau.
Les symptômes associés à surveiller
L’envie fréquente d’uriner et constipation s’accompagnent parfois d’autres signes :
L’urgence mictionnelle (besoin pressant et difficilement contrôlable d’uriner) devient fréquente. On se précipite aux toilettes plusieurs fois par heure.
Les mictions en petites quantités : malgré l’urgence ressentie, on n’évacue que très peu d’urine à chaque passage.
Les douleurs abdominales basses, sensation de lourdeur pelvienne, crampes intestinales accompagnent souvent cette situation.
Les ballonnements et la sensation de ne jamais vider complètement ses intestins créent un inconfort constant.
Les fuites urinaires peuvent survenir, particulièrement chez les femmes, lorsque la pression rectale est trop forte.
Si ces symptômes s’installent durablement, ils peuvent affecter la qualité de vie et justifient une consultation médicale.
Les causes de la constipation favorisant ces troubles
Plusieurs facteurs peuvent déclencher ou aggraver la constipation et envie d’uriner fréquente :
L’alimentation pauvre en fibres ralentit le transit. Les fibres absorbent l’eau et donnent du volume aux selles, facilitant leur progression. Un apport insuffisant (moins de 25 grammes par jour) favorise la constipation.
La déshydratation durcit les selles et complique leur évacuation. L’eau est essentielle au bon fonctionnement intestinal. Visez au moins 1,5 litre quotidien.
La sédentarité diminue la motricité intestinale. L’activité physique stimule naturellement le péristaltisme (contractions intestinales qui font progresser les aliments).

Le stress chronique perturbe l’équilibre du système nerveux autonome qui contrôle le transit. L’anxiété peut littéralement « bloquer » les intestins.
Certains médicaments ont la constipation comme effet secondaire : antidépresseurs, opiacés, antihypertenseurs, suppléments de fer, antiacides contenant de l’aluminium.
Les troubles neurologiques (Parkinson, sclérose en plaques, lésions de la moelle épinière) affectent simultanément le contrôle intestinal et vésical.
Pour les seniors, ces problèmes peuvent s’inscrire dans un tableau plus large nécessitant parfois une adaptation alimentaire, notamment concernant les apports en protéines.
Solutions naturelles pour soulager constipation et envie d’uriner
Plusieurs approches naturelles permettent de briser ce cercle vicieux :
Augmentez progressivement vos fibres alimentaires. Intégrez davantage de fruits frais (avec la peau quand possible), légumes, céréales complètes, légumineuses. Attention à l’augmentation progressive pour éviter les ballonnements : ajoutez 5 grammes par semaine jusqu’à atteindre 25-30 grammes quotidiens.
Hydratez-vous généreusement. L’eau reste la meilleure alliée contre la constipation. Buvez régulièrement tout au long de la journée, sans attendre d’avoir soif. Un verre d’eau tiède au réveil stimule le transit.
Bougez quotidiennement. Même 20 minutes de marche rapide stimulent les contractions intestinales. Le yoga, la natation ou le vélo sont également bénéfiques.

Établissez une routine intestinale. Accordez du temps aux toilettes à heures fixes, idéalement après le petit-déjeuner quand le réflexe gastro-colique est naturellement actif.
Adoptez la bonne position. Aux toilettes, surélevez vos pieds sur un petit marchepied. Cette position accroupie facilite l’évacuation en alignant correctement le rectum.
Massez votre abdomen. Des mouvements circulaires dans le sens des aiguilles d’une montre (sens de progression intestinale) peuvent aider à stimuler le transit.
Gérez votre stress. Respiration profonde, méditation, activités relaxantes régulent le système nerveux et favorisent un transit harmonieux.
Aliments à privilégier et à éviter

À privilégier pour combattre la constipation :
- Pruneaux et jus de pruneaux (effet laxatif naturel)
- Kiwis (deux par jour améliorent significativement le transit)
- Graines de lin moulues (riches en fibres et oméga-3)
- Légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots)
- Légumes verts (épinards, brocolis, haricots verts)
- Fruits rouges (framboises, mûres, très riches en fibres)
- Céréales complètes (pain complet, riz brun, flocons d’avoine)
- Yaourt nature (probiotiques bénéfiques pour le microbiote)
À limiter car ils ralentissent le transit :
- Aliments transformés pauvres en fibres
- Fromages à pâte dure en grande quantité
- Viande rouge en excès
- Riz blanc, pain blanc, pâtes raffinées
- Bananes vertes (effet constipant, préférez-les bien mûres)
- Alcool et boissons caféinées en excès (effet déshydratant)
Pour adapter globalement son alimentation, consultez nos conseils en nutrition santé.
Exercices du plancher pelvien
Le renforcement du plancher pelvien améliore à la fois la fonction intestinale et vésicale. Ces muscles soutiennent les organes du bassin et participent à leur bon fonctionnement.
Les exercices de Kegel constituent la base. Contractez les muscles comme pour retenir une envie d’uriner, maintenez 5 secondes, relâchez 10 secondes. Répétez 10 fois, trois fois par jour. Augmentez progressivement la durée de contraction jusqu’à 10 secondes.
L’élévation du bassin renforce également cette zone. Allongé sur le dos, genoux pliés, pieds au sol, soulevez lentement le bassin en contractant les fessiers et le périnée. Maintenez 5 secondes, redescendez doucement. Répétez 10 à 15 fois.
La respiration abdominale profonde masse les organes internes et stimule le transit. Allongé ou assis, inspirez profondément en gonflant le ventre, expirez lentement en le rentrant. Pratiquez 5 minutes matin et soir.
Un kinésithérapeute spécialisé en rééducation périnéale peut personnaliser ces exercices selon votre situation.
Quand consulter un médecin ?

Certains signes nécessitent un avis médical rapide :
- Constipation persistante malgré les mesures hygiéno-diététiques depuis plus de trois semaines
- Douleurs abdominales intenses ou qui s’aggravent
- Présence de sang dans les selles ou dans les urines
- Perte de poids inexpliquée
- Fièvre associée aux troubles intestinaux
- Incontinence urinaire ou fécale
- Impossibilité totale d’évacuer selles ou gaz
- Distension abdominale importante
Le médecin recherchera une cause organique (obstruction, tumeur, troubles neurologiques) et adaptera la prise en charge. Des examens complémentaires peuvent être prescrits : colonoscopie, échographie abdominale, bilan urologique.
Pour les personnes présentant également des difficultés à avaler, une approche globale s’impose.
Traitements médicamenteux si nécessaire
Si les mesures naturelles ne suffisent pas, plusieurs options existent :
Les laxatifs osmotiques (lactulose, macrogol) augmentent la teneur en eau des selles sans irriter l’intestin. Ils peuvent être utilisés sur du long terme sous surveillance médicale.
Les laxatifs de lest (psyllium, méthylcellulose) augmentent le volume des selles. Toujours les prendre avec beaucoup d’eau.
Les laxatifs stimulants (séné, bisacodyl) sont réservés aux constipations occasionnelles. Leur usage prolongé n’est pas recommandé.
Les suppositoires à la glycérine ou au bisacodyl agissent localement pour faciliter l’évacuation.
N’utilisez jamais de laxatifs sans avis médical en cas de douleurs abdominales, nausées ou vomissements.
Prévenir la récidive
Une fois le problème résolu, maintenez les bonnes habitudes pour éviter la rechute :
Conservez une alimentation riche en fibres et une hydratation suffisante. Ces deux éléments constituent la base de la prévention.
Maintenez une activité physique régulière, même modérée. La marche quotidienne suffit à stimuler le transit.
Écoutez les signaux de votre corps. Ne retenez jamais l’envie d’aller à la selle, car cela aggrave progressivement la constipation.
Gérez votre stress par des techniques de relaxation adaptées à vos préférences.
Consultez régulièrement pour ajuster traitements et conseils si nécessaire.
Points essentiels à retenir
La constipation et envie d’uriner fréquente résultent d’une compression de la vessie par un rectum distendu. Cette situation courante se traite efficacement par des mesures simples : augmentation des fibres, hydratation suffisante, activité physique régulière et rééducation du plancher pelvien.
Résoudre la constipation fait généralement disparaître les troubles urinaires associés. Si les symptômes persistent malgré ces ajustements ou s’accompagnent de signes inquiétants, une consultation médicale s’impose pour éliminer toute cause organique.
L’approche préventive reste la meilleure stratégie : adoptez dès aujourd’hui des habitudes favorables à un transit régulier pour éviter ces désagréments.









